Lambert

La musique a une longue histoire d'artistes masqués. Nombre d'entre eux se sont cachés derrière du maquillage et des alter ego, brouillant la frontière entre la personne et l'artiste et créant une distance critique pour que leur message puisse s'épanouir. Dylan lui-même savait mieux que quiconque l'impact que la création de mythes pouvait avoir sur le public et l'art, mais pour le pianiste et compositeur instrumental Lambert, un masque de taureau sarde lui offre autre chose, quelque chose qu'il désire depuis ses débuts : la liberté. La liberté de jouer un rôle, d'être quelqu'un d'autre et de libérer pleinement sa créativité. « Chacun joue un rôle », affirme-t-il. « Alors comment définir un “artiste authentique”, ou ce qu'est le “vrai” ? »

Telles sont les questions auxquelles Lambert se confronte tout au long de True, son dernier album, qui aborde avec art un dilemme très actuel. L'artiste hambourgeois possède un talent singulier dont la vision audacieuse et le talent de composition s'inspirent autant de la musique pop et de la culture au sens large que du répertoire classique. De l'époustouflant Sweet Apocalypse (2017), une magistrale collection d'œuvres orchestrales cherchant à dénicher des instants de beauté au cœur du futur dystopique vers lequel l'humanité s'achemine à toute vitesse, à l'obsédant et délicat EP Alone (2019), Lambert a créé son propre langage sonore envoûtant qui émeut et inspire l'esprit. Tour à tour hypnotique, sombre et enchanteur, il excelle à créer des ambiances et à hypnotiser l'auditeur ; un sens profond du drame cède souvent la place à une espièglerie énigmatique, des mélodies colorées rythmant ses chansons.

La vérité n'en demeure pas moins fascinante et réjouissante, malgré la gravité du sujet abordé. Qu'est-ce qui est vrai et qu'est-ce qui est faux, et comment formule-t-on de tels jugements ? Ces questions reflètent notre société post-vérité, où les opinions sont confondues avec les faits et où beaucoup s'accrochent aveuglément à leurs croyances, même face à des preuves tangibles.